• Le sourire

    Vous ne croirez sans doute pas ce qui m'est arrivé et votre première réaction sera de me traiter de fou. Cependant, je ne suis pas fou. Je sais qu'il me reste peu de temps à vivre et aujourd'hui, je voudrais décharger mon âme. Je vais vous raconter clairement et brièvement ce qui m'est arrivé.

     

      C'était une après-midi nuageuse et froide d'un dimanche d'automne 1946, mes amis et moi étions partis au vieux manoir, à l'écart de la ville. La veille au collège, j'avais parié un paquet de bonbons que je pouvais rester un quart d'heure à l'intérieur sans avoir peur. C'était facile, ce n'était qu'une vieille bâtisse vide depuis un siècle. J'entrai alors d'un pas décidé.

     

      Les derniers rayons du soleil perçaient l'obscurité des lieux, éclairant ainsi le manoir juste assez pour y voir. Il y régnait pourtant une ambiance étrange. Je sentait une odeur de moisi et je n'arrivais pas à savoir si elle provenait des champignons sur le mur de gauche ou sur ceux du mur de droite. Cela faisait cinq minutes que j'étais à l'intérieur et j'avais déjà envie de ressortir tellement l'endroit m'inquiétait. Je serrai fort la manche de mon manteau qui me parut brûlante; et deux secondes après, elle avait retrouvé sa température habituelle. J'avais la gorge nouée et avais du mal à avaler ma salive. Je voyais bientôt des petits ronds blancs glisser lentement du plafond avant de me rendre compte que ce n'était que de vulgaires cailloux. 

      Je m'approchai de ce petit tas, j'en pris dans ma main. Au toucher, il n'avait en commun avec la pierre que la couleur, en revanche, ils ressemblaient étrangement à de petits os... Des os ? Dans un manoir abandonné ? La légende était-elle vraie ? Il y avait bien longtemps, on raconte qu'une jeune femme riche était décédée ici. Il paraîtrait qu'elle eut juré de tuer tous les intrus dans le manoir si par malheur, ses actes de bontés n'étaient pas reconnus par Dieu. Elle n'avait pas l'air d'avoir fini au paradis... Je vis une tache blanche passer au-dessus de ma tête. Un fantôme ?! Sans doute elle... Mes poils se hérissèrent et mes mains devinrent moites. Non ! Il fallait que je me calme... Je cherchais donc des raisons logiques: d'après certains témoignages de voisins, des juifs se cachaient ici durant la guerre. Ils devaient bien se nourrir s'ils voulaient rester en vie. Les os étaient surement ceux d'un poulet ou d'un lapin. A moins que le fantôme les aient mangé ? Ma petite appréhension du départ se transformait lentement en peur bien réelle. De forts coups contre les murs me ramenèrent à la réalité. L'esprit ! Je lève les yeux au ciel, la tâche blanche se tient toujours au dessus de moi... Je crie, cours dans tous les sens quand j'entends des rires provenant de l'extérieur. Ce n'est qu'une farce de mes amis tapant contre les murs en bois de la maison. Mon cœur battait tout de même la chamade... Quelqu'un dehors cria finalement:

      "Quinze minutes !"

      Je sortis aussitôt du manoir en sueur et vit avant de quitter les lieux une silhouette de femme blanche avec ce petit sourire narquois que toute personne fier de son mauvais coup a. Elle disparut très vite et je me demandais soudain si ce n'était pas un reflet du soleil...

     

      Aujourd'hui encore, quand je repense à cette vieille bâtisse et à son habitante fantôme, mes mains tremblant, la sueurs coule de mon front. Pourtant, je ne repense jamais à tous les événements de la maison, je repense à cette silhouette, à son sourire.

     


     

     

    Un petit texte écrit pour une rédaction sur le thème du fantastique il y a trois ans. Je l'ai un peu amélioré mais j'ai gardé la même forme que l'original.

     


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :